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Une route, un chemin

27 août 2010.

Suite à une commande du Point du jour, Maxence Rifflet entreprend  en 2007, un travail photographique sur la route touristique qui relie Cherbourg à Coutances le long du littoral. Une expo à voir jusqu’au 26 septembre au Centre d’art et un ouvrage à découvrir : Une route, un chemin.

Chemin des douaniers, Landemer (c) Maxence Rifflet

Chemin des douaniers, Landemer (c) Maxence Rifflet

« Qu’il suive une route ou trace son propre chemin, le photographe choisit des points de vue. » C’est ce qu’a fait Maxence Rifflet en parcourant – ou en s’en éloignant – la route dite touristique qui va de Cherbourg à Coutances. Une commande de l’éditeur cherbourgeois Le Centre d’art, devenue exposition photo cet été et ouvrage dans la foulée.  Très vite, la route, son tracé s’avèrent peu intéressants : « une succession ennuyeuse de ronds-points et de noms de villages ». C’est en se déplaçant et par là en déplaçant son objectif, que Maxence Rifflet commence à se prendre au jeu tout en ayant déjà en tête, le projet d’un livre. « Depuis une automobile, une route paraît continue. Pas depuis un coteau, ni le nez dans un dictionnaire. » « Route » vient du latin « rupta » issu lui-même de « rumpere » qui a donné « rompre ». Cette réorientation du sens, induite par l’étymologie, incite  Maxence Rifflet à porter son objectif sur  la fracture que le tracé de la route a imposée au paysage, instituant dorénavant « une séparation entre bocage  et littoral ». L’élaboration de son tracé avait rencontré de vives protestations dans les années 70. Le livre, construit sur plusieurs oppositions, porte aujourd’hui cette empreinte. Partant d’une commande sur la route dite « La touristique », Maxence Rifflet s’attarde sur les hommes qui vivent et travaillent auprès d’elle. La première photo d’une présence humaine, est celle de promeneurs en train de pique niquer. « Mes premières photographies alternaient des fragments géologiques et des vues topographiques. C’est en retrouvant par hasard un motif peint par Jean-François Millet aux alentours de son village natal que j’a i réalisé l’image des randonneurs installés près d’un muret […]. Les premiers personnages à apparaître dans mes images étaient, comme moi, des promeneurs qui contemplent la nature. »
Le long de la route et de son cheminement personnel, Maxence Rifflet rencontre des individus à contre courant des modes, des technologies, du ciment et de la surproduction. Autres contrastes donc. « Ils forment une communauté paradoxale d’individus, définie par un territoire et des métiers, qu’ils exercent avec enthousiasme, du moins, une forte implication personnelle, dans un esprit anti-productiviste. » Il y a l’entomologiste penché sur un monde microscopique à mille lieues du gigantisme des aménagements portuaires en cours ; le maraîcher et éleveur d’agneaux de pré-salé, installé à Lessay, qui « au moment d’acheter comme les autres l’arracheuse et la repiqueuse, […] a choisi d’arrêter  plutôt que de devoir tripler sa production pour survivre »,  « il réinvente une acticité paysanne qui échappe à toutes les normes productives. »

Ces contrastes, l’ouvrage les porte à sa manière : utilisation du noir et blanc et de la couleur, deux polices de caractères pour le texte écrit et les paroles recueillies, deux sujets (une autre partie du livre est consacrée à un travail photo intitulé « Boucles de la Seine »). Coexistence également de la photographie et de l’écriture qui ne vivent pas pour autant aux dépens l’une de l’autre. Ce que Maxence Rifflet dépeint dans ses textes, il ne le photographie pas toujours. Ce qu’il photographie n’est pas systématiquement mentionné dans ses textes. Chaque texte est une  effraction dans cette suite photographique.  À moins que ce ne soit l’inverse.  Comme la route échancre le site. Néanmoins se tisse une continuité. Autre contraste, l’écart entre la perception immédiate, première, et ce que la photographie restitue, proposant sa propre réalité, autre et similaire à la fois. Ces oppositions qui ricochent entre elles et s’appellent les unes et les autres disent parfaitement cette route paradoxale qui «  invite à contempler des sites naturels, à s’y arrêter, alors qu’elle produit de la discontinuité dans la nature ».

N. C.

Une route, un chemin, Maxence Rifflet (Le Point du jour, 2010). Livre publié avec le concours du CRL de Basse-Normandie.
Exposition à voir jusqu’au 26 septembre, au Centre d’art Le Point du jour à Cherbourg-Octeville.

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