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Normannia

normanniaLa Bibliothèque Numérique Normande
Proposé par le Centre Régional des Lettres de Basse Normandie
www.normannia.info

“Ici, la semaine commence le dimanche”

2 décembre 2010.

Chaque année, la bibliothèque d’Hérouville Saint-Clair est ouverte le dimanche de 14h à 18h, du 1er octobre au 30 avril. Sa directrice, Christiane Le Bossé revient sur ce dispositif.

L/É PRO : Quand est-ce que l’ouverture dominicale a-t-elle été mise en place ?
Christiane Le Bossé :
Dès 1978, à l’ouverture de la bibliothèque, l’ouverture le dimanche était en place. C’était un souhait des équipes en place, des politiques. Nous étions aussi dans le souffle de la BPI. Cette bibliothèque a été conçue dès le départ pour le public. La question était : comment toutes les populations peuvent-elles avoir accès à la bibliothèque dans une ville où est le premier établissement culturel ? Quand est-ce que les personnes travaillant allaient-elles pouvoir venir ? Le dimanche. La bibliothèque au cœur de la ville, c’était aussi un établissement culturel et de loisir s’adressant à toute la famille. L’amplitude horaire faisait partie du projet. Nous sommes ouverts 25 heures par semaine.

L/É PRO : Qu’est-ce que cela représente en terme de fréquentation ?
Christiane Le Bossé :
Le dimanche reste un jour très important en termes de fréquentation, avec le mercredi bien sûr. Mais le comportement des publics évolue constamment. Initialement, on venait à la bibliothèque pour emprunter des livres. Puis on est venu travailler à la bibliothèque. Nous avons rajouté des tables. Puis nous avons diversifié les supports même si dès le départ, nous avions déjà une discothèque. C’est un lieu de vie qui évolue. Il nous faut donc toujours faire en sorte que ce public ne déserte pas. La cohabitation des publics a nécessité de revoir l’organisation interne pour être en phase avec les évolutions. En 1998, dans le cadre d’un projet de restructuration, nous avons implanté Internet en le banalisant au maximum. On le voyait déjà comme une ressource comme les autres, comme une complémentarité.

L/É PRO : Quel impact sur le fonctionnement de la bibliothèque, les équipes ?
Christiane Le Bossé :
Ouvrir une bibliothèque le dimanche, c’est un décalage par rapport aux pratiques. Il nous faut effectivement absorber ce fonctionnement du dimanche. Nous avons besoin d’un personnel qualifié ce jour-là comme pour les autres jours car la qualité du service public doit être la même pour l’usager. Nous avons donc renforcé nos équipes. Le dimanche, nous sommes huit : cinq professionnels, trois vacataires dont un surveillant. La bibliothèque est équipée d’un système de vidéosurveillance. Il nous faut trouver un équilibre entre nos moyens et la qualification des personnels pour rendre un bon service public. Progressivement, nous avons intégré des activités culturelles le dimanche : rencontres familiales, heures du conte… L’ouverture dominicale nous offre un véritable rayonnement : toutes les communes sont représentées ici. Cette ouverture le dimanche doit être pensée, elle doit avoir un sens. Pour nous, c’est le cas. Si l’ouverture dominicale perdure, c’est parce qu’elle est pertinente. Mais ce n’est pas la panacée non plus ! Les dimanches, c’est dur aussi ! Est-ce que le dimanche est un jour comme les autres ? Est-ce que les pratiques et les usagers sont les mêmes ? Qu’apporte le dimanche aux bibliothèques ? Les professionnels s’interrogent. Mais ici, la semaine commence le dimanche.

L/É PRO : Qu’a apporté le contrat ville-lecture ?
Christiane Le Bossé :
Toutes ces stratégies, nous les avons affinées et amplifiées avec le contrat ville-lecture en 2003. Nous avons coconstruit un projet commun et partagé : la bibliothèque y retrouvait ses missions avec à ses côtés des structures sans vocation culturelle mais touchant des publics. Bien sûr, nous avions créé des actions culturelles depuis 1992 mais les partenariats se sont mutuellement enrichis (éducatifs, associatifs, loisirs). Nous travaillions tous mais isolément, le contrat ville-lecture a permis de créer un réseau, de mailler le territoire. Les partenariats construits ensemble nous ont permis de toucher de nouveaux publics. Et les projets que nous avions déjà créés se sont transformés comme « Lire, etc. » par exemple. Des adolescents parlent par exemple de leur lecture sur TSF 98. C’est un enrichissement, une dynamique, ils contribuent aussi au service public. Des documentalistes ont ensuite acquis les ouvrages ! Ils deviennent des usagers partenaires. C’est pour les publics une gratification, une reconnaissance, une légitimation.

L/É PRO : Que vous apportent les publics ?
Christiane Le Bossé :
La bibliothèque est une immersion dans le milieu culturel. Et non l’inverse. C’est un lieu de vie où il y a de la chair, de la circulation. Le public nous revitalise, nous revivifie. C’est par et dans leur rencontre que nous-mêmes, nous changeons notre regard sur notre propre métier. Et toutes les rencontres professionnelles que nous faisons nous tirent vers le haut. Tous nous permettent d’évoluer vers ces nouvelles bibliothèques hybrides et immatérielles. Nous devons permettre à nos publics d’accéder à leur siècle de façon autonome. Tout n’est pas rose non plus ! On vient grandir à la bibliothèque, se confronter au personnel. C’est un espace de socialisation avec ce que cela comporte de rapports de force. Nous constatons aussi un fléchissement : nous sommes passés de 230 000 à 200 000 prêts annuels. C’est dû à Internet oui et surtout dans les documents. Car la fiction résiste très bien ! Le public ne vient plus seulement à la bibliothèque pour emprunter. Ceux qui viennent ne sont pas forcément inscrits, les uns flânent, d’autres travaillent. Tout le monde doit y accéder, se sentir bien, être respecté, être un peu anonyme tout en étant accueilli.

Propos recueillis par Nathalie Colleville

5 Square du Théâtre 14 200 Hérouville-Saint-Clair
Tél. : 02 14 37 28 60
www.caenlamer.fr/bibliothequeherouville/

 

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