“La médiathèque est un espace de création et de liberté”
2 décembre 2010.Directrice de la médiathèque d’Argentan, Nadine Pierre revient sur l’histoire et le fonctionnement de ce lieu inauguré en 1995.
Aménagement. « Dés le début, l’aménagement des locaux a était pensé comme devant être évolutif, en fonction des usages des gens : tables individuelles et grandes tables pour les groupes, poufs et fauteuils… Il s’agissait de pouvoir répondre à tous les types de comportements des lecteurs. La convivialité, l’esthétisme ont été les maîtres mots. Même le choix du mobilier a été travaillé. Le projet architectural sert l’accessibilité des publics quel que soit leur âge, leur profession. Il a été construit ainsi. Cette grande baie vitrée nous aide à faire entrer le public. Celui-ci voit ce qui se passe à l’intérieur. Lorsqu’on a peur, lorsqu’on est situé dans un quartier populaire comme le notre, ce n’est pas anodin. Tout a été fait pour que les gens s’installent. Pour nous, la bibliothèque est un lieu de rencontres, d’échanges. »
Animations. « Nous proposons des animations oui, mais pas comme ça, gratuitement. Elles sont en lien avec les collections. Des livres sur des rayonnages, ça ne vit pas. Dès l’ouverture, en 1995, les animations ont été posées comme aussi importantes que les collections. Mes collègues sortent les livres en lien avec l’exposition en cours, font des mises en scènes, des bibliographies par exemple. La médiathèque est un espace d’expression, de liberté. Elle permet la formation, l’éducation culturelle en proposant tous les types d’approche. On ne peut pas faire lire Leroy Ladurée à tout le monde ! Aussi notre programme est-il hyper diversifié. En ce moment [ndlr : septembre 2010], nous accueillons une exposition, « Sauf ma mère », traitant entre autres de l’excision. C’est selon moi une exposition engagée. Provoquer permet d’affiner le regard, le jugement, l’esprit critique, la sensibilité. Lorsque nous avons monté une exposition sur le quartier Saint-Michel et reconstruit une maison Abbé Pierre au sein même de la médiathèque, nous avons fait venir des gens qui n’y étaient encore jamais venus. Cela passe par l’affect. Les animations, les expositions nous permettent de conquérir de nouveaux publics. C’est aussi parce que nous créons du lien avec les partenaires au moment de la construction des animations. Parce que nous nous intéressons à ce qu’ils font, ils acceptent de venir ensuite à la médiathèque. Mais c’est du temps et de l’engagement. La diversité des propositions est importante. Il ne faut pas faire que des propositions littéraires et savoir à la fois revenir aux textes classiques. J’essaie aussi de veiller à ce que la sensibilité masculine soit représentée, la bibliothèque est un milieu très féminin. Idem pour la culture scientifique. Et il ne faut pas s’empêcher de traiter un sujet sous prétexte qu’il ne fera pas venir 300 personnes ! La convivialité est l’autre mot clé »
Accueil. « Lorsque nous étions en contrat ville lecture, nous avons sensibilisé les gens, donné de l’information pour qu’ils utilisent ensuite individuellement et durablement le lieu. Dans le cadre du Projet de réussite éducative, nous proposions aussi des visites personnalisées du lieu. Nous avons travaillé l’accueil. Si quelqu’un est perdu, on prend le temps de lui montrer les lieux. Nous faisons toujours un important travail d’information, d’explication, d’accompagnement, au moment de l’inscription. Un gros travail de communication permet d’aller chercher les gens dans leur niche. »
Fréquentation. « Nous avons des barrières avec des compteurs. Nous sommes environs à 3000 personnes par semaine. Mais il y a le lecteur actif qui emprunte. L’usager qui vient utiliser le lieu… Les adolescents ne sont pas inscrits mais viennent utiliser le lieu, restent, s’installent. Ils sont de plus en plus nombreux. Nous avons enlevé des rayonnages pour mettre davantage de fauteuils, d’écrans… Nous avons de nombreux publics différents, donc de nombreux comportements différents. Dans un monde où désormais tout va vite, où on zappe, les pratiques changent constamment. Il nous faut être en veille. »
Le bibliothécaire. « Le bibliothécaire est devenu animateur, médiateur. Nous sommes tous une passerelle pour la connaissance. Il faut aussi savoir utiliser les compétences du personnel, que chacun adhère au projet. Pour bien servir le public, il faut que l’équipe sache où elle va, qu’elle soit bien dans ses baskets, qu’elle ait envie de venir travailler le matin ! Je leur dis : “Soyez créatifs et imaginatifs !” C’est une alchimie, un équilibre à trouver. »
Propos recueillis par Nathalie Colleville
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