Centre Régional des Lettres

Festival Les Boréales 2011

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Tous les rendez-vous, les infos, les dates des Boréales 2011 sont en ligne, sur le site du CRL.

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Retrouvez en ligne, sur le site du CRL, les vidéos de la journée d'étude du 12 mai 2011 "Ecritures & lectures numériques", organisée par le CRL de Basse-Normandie et la Ville de Caen.

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François Morel, Exercice(s) de style

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Normannia

normanniaLa Bibliothèque Numérique Normande
Proposé par le Centre Régional des Lettres de Basse Normandie
www.normannia.info

Entretien avec Jérôme Rémy

3 novembre 2009.

Pouvez-vous me dire comment le festival a commencé ?
Le festival Les Boréales a été créé en 1992 à l’Office franco norvégien d’échange et coopération par Eric Eydoux, traducteur et enseignant de norvégien et Lena Christensen enseignante de danois. Au départ, l’idée était de profiter des compétences du Département d’études nordiques de l’Université de Caen fondé il y a plus 60 ans et qui est un des plus importants de France pour organiser un festival littéraire nordique pendant trois jours. Les Boréales se réfèrent aux aurores boréales, aurora borealis en latin. C’est un nom très poétique en français qui évoque une lumière magique difficile à définir…

Pourquoi le festival est-il devenu pluridisciplinaire ?
En 1994, lors de mon arrivée, j’ai immédiatement souhaité ouvrir le festival aux autres domaines artistiques car j’ai constaté que les Pays nordiques étant de petits pays, les artistes y sont plus libres et moins  catalogués qu’en France. En France, un écrivain est soir romancier,  dramaturge ou poète. Il est assez rare (même si la situation évolue depuis peu) de voir un écrivain travailler avec des chorégraphes, des peintres, des photographes, des designers. En Scandinavie, cette culture du crossover est plus ancienne, plus répandue… Il m’a donc semblé naturel de rendre compte de la situation artistique nordique à travers une programmation ouverte et libérée de contraintes. Les Boréales se pensent comme une plateforme ouverte sur la création des cinq pays nordiques. On y présente de la danse comme du cinéma, de la musique comme du design, du cirque ou encore de la mode. Le public en Normandie est très curieux de la culture scandinave.

Pourquoi existe-t-il cet intérêt particulier pour le Nord en Normandie ?
Les Normands sont étymologiquement les «hommes du Nord», les descendants des vikings. Ce cousinage ancien subsiste dans l’inconscient collectif. Les gens restent attachés à cette origine mythique et la force des Boréales c’est de donner une traduction contemporaine et moderne à ce sentiment d’appartenance. La France en général reste un des pays au monde où l’on se passionne le plus pour les cultures étrangères (le cinéma iranien hier, l’art contemporain de Thaïlande aujourd’hui, etc). Mais la Normandie est sans aucun doute la Région de France où le public connait le mieux les livres d’Ib Mickael et le cinéma de Susanne Bier par exemple.

Rencontrez-vous des difficultés particulières dans la mise en avant de ces pays?
Cette édition 2009 termine le cycle de 5 ans commencé en 2005 avec la Norvège à l’occasion du centenaire de son indépendance. Notre souhait était d’inviter le Danemark mais aussi le Groenland et les îles Féroé afin d’envisager la question des territoires autonomes. De la même façon, nous avions consacré une large programmation à la Laponie en 2006 lors du festival finlandais. Pour les Français, les Féroé sont un confetti sur l’atlas mondial et l’on sait qu’il y existe deux moutons par habitant ! Avec l’invitation de Orka, de Budam (un des coups de cœur du festival) et de Katrin Ottarsdóttir dont j’adore le film Bye bye blue bird, nous avons voulu donner une consistance artistique à ce pays. Lui donner modestement une identité culturelle pour le public. Le Groenland relève d’une autre logique. Dans l’esprit du public, le Groenland déclenche immédiatement un imaginaire fort. Il est relié aux premiers explorateurs, aux livres de Jørn Riel (sans doute un des écrivains nordiques les plus lus en France). De plus, à travers le Groenland, nous avons souhaité évoquer le sommet de Copenhague et les changements climatiques qui sont un des enjeux de ce début de XXIe siècle.

Quelles sont les difficultés d’exposer l’art du nord en France ?
Le programme de cette édition est assez différent de celui que nous espérions finaliser. Nous avons invité beaucoup d’écrivains et de compagnies danoises de théâtre, danse, marionnettes, que l’on a senties assez  peu motivées à l’idée de jouer en France. Cela  s’est révélé une déception pour nous mais heureusement nous avons réussi à inviter Hotel Pro Forma et des Dj comme Rumpistol ou Djuna Barnes, des photographes et des artistes comme Astrid Kruse Jensen et Jeppe Hein.Les expositions de photographies et d’art contemporain sont toujours assez importantes au festival. C’est un souhait personnel en tant que directeur artistique mais c’est aussi une volonté qui rencontre le goût du public qui attend chaque année ces expositions. Cette année, je regrette de n’avoir pu exposer Christina Glob, Jesper Just, ou Casper Balslev qui ont énormément de talent. J’espère que l’année prochaine ce sera possible car il mérite une large exposition en France. Toutefois, je constate qu’il est plus facile de financer des projets d’art avec certains pays nordiques qui ont des structures formidables. Je pense au FRAME en Finlande qui permet à la photographie finlandaise de rayonner dans le monde. Peu de photographes danois reçoivent des bourses afin de tirer leur séries photographiques et les encadrer. Il est donc moins facile pour musées ou galeries modestes d’exposer ces photographes à l’étranger. D’année en année, on retrouve dans les travaux des photographes nordiques invités aux Boréales une esthétiques nordique, une lumière particulière, un travail sur le cadre commun. L’exposition d’Astrid  Kruse Jensen illustre cette tendance et la dépasse en même temps. Son travail me plaît beaucoup pour sa dimension narrative, cinématographique, presque romanesque. On suit ce personnage féminin en manteau rouge et on imagine sa vie, son parcours. La lumière très noire est sublime et évoque forcément l’univers de David Lynch mais plus apaisé… C’est une de mes expositions préférées cette année avec celle de Jacob Riis qui sera magnifique. Cette collaboration avec le Museum of city of New York est une belle expérience. 67 images de Riis seront exposées pour la première fois en France et 430 images ont été numérisées spécialement pour le festival afin d’être projetées dans l’exposition. Ce point d’équilibre entre jeunes photographes et pionner du medium photographique est une des choses dont nous sommes le plus fiers…

Quel est l’ambition du festival pour l’avenir ?
Le futur du festival ? Tout d’abord le festival en a un. Je veux dire  qu’après 18 ans, le festival est tout juste majeur et que nous n’avons  pas épuisé les ressources artistiques des 5 pays nordiques. Nous travaillons déjà au festival de 2010 qui mettra la Norvège et les pays baltes à l’honneur. Nous avons envie de mettre à l’honneur la musique contemporaine estonienne et de réinviter Arvo Pärt, le théâtre et la photo lituanienne et le cinéma letton (de Serguei Eisenstein aux Studios de Riga dont les films d’animation pour enfants sont formidables). Nous mettrons aussi à l’honneur la danse, la musique métal et pop de Norvège. Pour 2011 et le XXe anniversaire du festival, nous espérons réussir à produire et coproduire plus de manifestations. Des cirques avec la Suède et la Finlande, de la danse avec la Norvège, etc… C’est l’ambition des  Boréales pour la troisième décennie du festival que de proposer à Caen de découvrir en exclusivité les artistes scandinaves de demain. Nous souhaiterions que la Normandie devienne la capitale des pays nordiques en Europe du Sud…

Propos recueillis par Camilla Gerhardt

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